Dioscoride, médecin et botanique grec #MissionBotanique

Dioscoride, un auteur réputé au Moyen-Age, puis oublié, mais toujours présent dans les noms des plantes, un article par Michel Chauvet.
Dioscorides
Dioscorides

Dioscoride est un médecin grec, né vers 40 après J.-C. à Anazarbe en Cilicie (au sud de la Turquie actuelle) et mort vers 90 après J.-C. Il travaillait pour l’armée romaine et a beaucoup voyagé.

De Materia Medica

Son ouvrage, connu sous le nom de De Materia Medica, décrit les médicaments simples connus dans l’empire Romain. C’est l’une des trois sources essentielles sur les plantes de l’Antiquité gréco-romaine, avec l’œuvre de Théophraste, antérieure de quatre siècles et inégalable pour la botanique, et celle de Pline l’Ancien, la meilleure encyclopédie de l’Antiquité. Dioscoride donne les propriétés de 827 substances, dont 583 plantes, mais s’efforce aussi de décrire ces dernières, au contraire de bien d’autres livres.

Le De Materia Medica a eu une profonde influence, étant recopié et modifié pendant tout le Moyen-Age, commenté et interprété à la Renaissance, utilisé et cité jusqu’à l’époque contemporaine, et pris comme modèle par plusieurs auteurs. De nombreux manuscrits sont connus en grec, latin, arabe et persan (les manuscrits syriaques semblent perdus). Mais pendant tout le Moyen-Age, on n’en a connu que des versions abrégées et dégradées.

L’œuvre est connue sous deux formes. Elle aurait été d’abord écrite en cinq livres, mais très tôt apparaissent des versions alphabétiques, plus faciles à manier par les médecins. La plus fameuse de ces dernières, parfois qualifiées de « Pseudo-Dioscorides » est un manuscrit appelé Codex Vindobonensis Med. Gr. I, ou Codex Aniciae Julianae. Il a été daté de 512 après J.-C., et réalisé à Byzance. Il se trouve aujourd’hui à Vienne, et comprend 383 illustrations de plantes en couleurs, dont beaucoup sont reconnaissables. C’est un chef-d’œuvre de l’illustration botanique, inégalé jusqu’à la Renaissance.

Redécouverte à la Renaissance

Il a fallu attendre l’invention de l’imprimerie et l’arrivée en Italie de nouveaux manuscrits byzantins pour que l’œuvre originale soit à nouveau connue. Une première édition du texte grec, dite aldine du nom de son éditeur, paraît en 1499. Elle est suivie de plusieurs traductions latines, dont celle excellente de Jean Ruel en 1552.

Tous les botanistes de la Renaissance commencent par chercher à identifier les plantes de Dioscoride, de Pline, de Galien et de Théophraste, ce dernier venant d’être redécouvert. Le meilleur exemple est celui de Pier Andrea Mattioli, qui publie à partir de 1544 des Commentaires à Dioscoride. Au fil des éditions, les observations personnelles de Mattioli prennent le pas sur le texte de Dioscoride.

A cette époque, de nombreuses plantes nouvelles arrivent des Amériques et du monde entier. Ces plantes ne pouvaient être connues de Dioscoride. Avec l’essor des techniques de gravure, les botanistes se sont mis à les dessiner d’après nature et à les décrire. On le voit dans l’œuvre de Fuchs, et surtout de Dodoens. Peu à peu, les botanistes s’affranchissent du respect des anciens pour observer directement la nature.

« De Materia Medica » de Dioscoride
« De Materia Medica » de Dioscoride, enluminé, en espagnol, 1555

Aujourd'hui

De nos jours, les botanistes ignorent largement Dioscoride. Mais cet auteur reste largement présent au travers des noms de plantes. La plupart des noms grecs de Dioscoride se retrouvent en effet dans les noms scientifiques. Il convient de préciser pour les amateurs d’étymologie que ces noms nous arrivent au travers des identifications faites au Moyen-Age et à la Renaissance. Bien souvent, ce travail d’identification est à reprendre. Pitton de Tournefort et John Sibthorp l’avaient amorcé, mais de nos jours, rares sont les botanistes qui s’y essaient. Les traductions récentes disponibles sont toutes l’œuvre d’hellénistes qui accordent peu d’intérêt à la botanique.

Tout le texte grec de la Materia Medica est maintenant sur Pl@ntUse, et J’ai entrepris de compiler les identifications proposées et les traductions existantes. Les illustrations du Codex Vindobonensis sont aussi en cours de mise en ligne. Les botanistes pourront ainsi avoir un accès direct à une œuvre mythique souvent citée de seconde main et d’accès difficile.

Bibliographie

Dioscoride, 2005. De Materia Medica, traduit en anglais par Lily Y. Beck. Hildesheim, Olms-Weidmann. Traduction de référence, facile à utiliser.

Ducourthial, Guy, 2003. Flore magique et astrologique de l’Antiquité. Paris, Belin. 655 p. Introduit aux éditions de Dioscoride.

Ducourthial, Guy, 2005. Dioscoride. Aux origines de la Matière médicale. La Revue du Praticien, n° 11, mars 2005, pp. 1-5.

L'auteur de cet article

Cet article a été écrit par Michel Chauvet, agronome, ethnobotaniste et membre du Conseil Scientifique et Technique de Tela Botanica.

Il vous est proposé dans le cadre de la #MissionBotanique lancée par Tela Botanica. Plusieurs articles sur l’histoire de la botanique vous sont proposés dans le cadre de cette campagne de communication.

4 commentaires

  1. Merci pour l’article 🙂 Je voudrais faire une contribution:
    Je suis ethnobotaniste d’origine espagnole et en Espagne on utilise comme source « récente » le <> (Dioscoride Renouvelé) de Pio Font Quer, qui continue à être édité aujourd’hui par l’éditorial Península. C’est un texte des annés 60, mais il continue à être une source fondamentale pour l’ethnobotanique médicinale en Espagne. Il se base justement sur l’ancien travail de Dioscoride et il ajoute des commentaires des autres auteurs de l’époque, notamment le phytothérapeute Dr. H. Leclerc (Paris 1935).

    1. Vous avez raison. J’ai le Dioscórides renovado dans ma bibliothèque. Mais Font Quer a écrit en fait un livre tout à fait moderne, qui offre l’avantage pour moi de dnonner les noms des plantes dans toutes les langues d’Espagne.

  2. Merci Michel pour cet article fort intéressant !
    J’ignorais que les livres originaux avaient été perdus, et qu’on ne connaît l’oeuvre de Dioscoride que par des copies plus ou moins transformée. Mais c’est assez logique, quand on y pense, l’imprimerie n’était pas encore inventée.

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