Quel est cet arbre dans ma ville ? Le catalpa commun, l’arbre des Amérindiens Cherokee

Serge Muller, botaniste au Muséum national d’histoire naturelle, publie dans The Conversation une série estivale d'articles consacrés aux arbres des villes. Ce lundi, partons sur les traces du catalpa commun, l’arbre des Amérindiens Cherokee.
Catalpa bignonioides en fleurs à la mi-juin, avec les fruits pendants de l’année précédente.
Serge Muller/MNHN, CC BY-NC-ND

Cet été, The Conversation France vous emmène battre le pavé des villes avec Serge Muller, botaniste au Muséum national d’histoire naturelle, à la découverte d’arbres peu connus. Car il n’y a pas que le platane, le tilleul et le marronnier qui égaient et rafraîchissent nos cités !

Comment le reconnaître ?

Le catalpa commun (Catalpa bignonioides Walt.) appartient à la famille des Bignoniaceae, qui regroupe des arbres, arbustes et lianes des régions tropicales et tempérées.

Le tronc du catalpa commun.
Serge Muller/MNHN, CC BY-NC-ND

C’est un arbre à croissance assez rapide qui peut atteindre de 7 à 8 mètres de hauteur dès l’âge de 20 ans. Il développe ensuite une cime étalée qui lui permet d’atteindre au maximum 15 à 20 mètres. Son tronc est recouvert d’une écorce crevassée ou en écailles.

Ses feuilles, longues de 15 à 25 cm et larges de 10 à 15 cm ont une forme ovale. De couleur vert clair, elles sont insérées en général par trois au même niveau.

Le catalpa porte de jolies fleurs blanches, légèrement colorées de jaune et de violet, qui ont 3 à 4 cm de longueur. Elles sont disposées en panicules dressées et sont épanouies au courant du mois de juin, jusque début juillet, à une période où les feuilles sont déjà développées.

Les fruits mûrissent à l’automne : ce sont des capsules cylindriques allongées, de 20 à 40 cm, ressemblant à des haricots ou à de longs cigares fins (d’où les noms qui sont parfois donnés au catalpa d’« arbre aux haricots » ou d’« arbre à cigares ») qui persistent l’année suivante avec les fleurs.

Ses fleurs blanches s’épanouissent de juin à juillet.
Serge Muller/MNHN, CC BY-NC-ND
Les fruits du catalpa commun lui ont valu le nom de d’« arbre aux haricots » ou d’« arbre à cigares ».
Serge Muller/MNHN, CC BY-NC-ND

Le catalpa commun est originaire d’Amérique du Nord, où il a une aire de répartition assez limitée, dans le Sud-Est des USA (Mississippi, Géorgie et Floride). Il s’y développe sur des sols fertiles, souvent à proximité de cours d’eau. C’est un des rares arbres qui a conservé son nom d’origine, donné par les Indiens Cherokee qui occupaient ce territoire et en consommaient les graines.

Bien adapté à la vie urbaine

Le catalpa commun a été introduit en Europe au début du XVIIIe siècle comme arbre d’ornement dans les parcs urbains. C’est une espèce héliophile, qui résiste bien à la sécheresse et à la pollution urbaine, mais il reste assez peu répandu dans les villes.

Ainsi la base de données en ligne de la ville de Paris fait état de 555 enregistrements de cet arbre, ce qui est relativement modeste. Il y apparaît davantage comme un arbre des parcs et jardins (261 arbres cartographiés) que des alignements de rues (175). C’est dans le XIXe arrondissement qu’il est le plus abondant, avec plus d’une centaine d’arbres mentionnés.

À Bordeaux, ce sont seulement 104 individus de cette espèce qui sont mentionnés dans la base de données.

De Versailles à Barsac

À Versailles, subsiste dans le parc du château un des premiers catalpas introduits en France ; il serait âgé de plus de 290 ans.

À Versailles, un catalpa de 290 ans… (newsjardintv/Youtube, 2017).

Un vénérable arbre de cette espèce se maintient également au Jardin des plantes (Paris, Ve), mais son tronc a dû être soutenu par des barres de métal. Un autre catalpa remarquable de la capitale est présent au square Gabriel Pierné, derrière l’Institut de France (VIe).

Autour du catalpa commun du square Gabriel Pierné… (Paname/Youtube, 2017).

À Strasbourg, existe un arbre de cette espèce, classé à l’inventaire des arbres remarquables du département du Bas-Rhin, du fait de sa hauteur de 19 m et de sa circonférence de 5,5 m.

À Barsac, en Gironde, c’est la superficie d’au moins 400 m2 de la couronne d’un catalpa qui lui a valu d’être mentionné au registre des arbres remarquables.

De nombreuses espèces voisines

Il existe une dizaine d’autres espèces dans le genre Catalpa, présentes en Amérique du Nord et en Asie de l’Est.

Les élégantes fleurs jaunes du Catalpa ovata.
Serge Muller/MNHN, CC BY-NC-ND

Certaines d’entre elles ont été introduites en Europe et en France, dans des parcs ou des squares : par exemple, Catalpa ovata, présent sur la place Jussieu (Paris, Ve) en mélange avec C. bignonioides ; ou encore C. fargesiii et C. speciosa qui peuvent tous deux être observés au Jardin des plantes (Paris, Ve).

Un bel exemplaire de l’hybride C. erubescens (entre C. bignonioides et C. ovata) est par ailleurs présent dans le parc Montsouris (Paris, XIVe).

Catalpa x erubescens au parc Montsouris.
Serge Muller/MNHN, CC BY-NC-ND

À cette même famille des Bignoniaceae est aussi rattachée la bignone ou trompette de Virginie ou de Jéricho (Campsis radicans), une liane grimpante à floraison estivale, également originaire du Sud-Est des États-Unis et largement utilisée pour végétaliser les murs.

Campsis radicans.
Serge Muller/MNHN, CC BY-NC-ND

Le catalpa commun est parfois confondu avec le paulownia tomenteux, espèce originaire de Chine, qui est classée dans la famille voisine des Paulowniaceae.

Si les feuilles du paulownia ont également une forme ovale et une taille identique, ou même plus grande, que celles des catalpas, cette espèce s’en distingue clairement par ses feuilles opposées (donc insérées par deux au même niveau de la branche) et intensément poilues sur la face inférieure, ses fleurs violacées à floraison printanière (avant la feuillaison) et ses fruits qui sont des petites capsules ovoïdes dressées, bien différentes des « cigares » allongés et retombants des catalpas.

Paulownia en fleurs.
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Paulownia avec ses fruits en capsules ovoïdes.
Serge Muller/MNHN, CC BY-NC-ND

Cet arbre est en fait plus fréquemment planté à Paris (1405 enregistrements) que le catalpa. Et c’est le paulownia qui a été retenu, malgré ses tendances parfois envahissantes, pour orner, en 2024, les parvis des 68 gares du Grand Paris Express.

Nous vous donnons rendez-vous lundi prochain pour découvrir et apprendre à reconnaître un nouvel arbre des villes.

Serge Muller, Professeur, chercheur à l’Institut de systématique, évolution, biodiversité (UMR 7205 ISYEB, CNRS, MNHN, SU, EPHE), Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

23 commentaires

  1. Il est dommage que dans ces articles on ne parle pas des comportements des arbres, de leur système racinaire qui pose parfois des problèmes par la suite, mur,envahissement, impossibilité à détruire. Souvent les gens ne voient dans les plantes que le coté aérien, c’est très réducteur et pas gentil pour les arbres car bcp sont mutilés par manque d’informations. J’aimerai des fiches sur les plantes avec leur milieu, le sol, leur qualité alimentaire ou pas, l’enracinement, les problèmes allergique que parfois elles posent, leur fructification qui pose parfois des problèmes (par exemple ces érables municipaux ou les phytolacca qu’il faut surveiller comme du lait sur le feu). Et quand vous dites « c’est le paulownia qui a été retenu, malgré ses tendances parfois envahissantes, pour orner, en 2024, les parvis des 68 gares du Grand Paris Express. »je pense que la « merde »continue avec l’approbation des paysagistes qui avec les fleuristes me font hérisser le poil. Cordialement

    1. Si les paysagistes emm… les éternels mécontents, bavards et malpolis, qui ne voient que des problèmes là où il y a, tout au plus, des questions, c’est tout à leur honneur. Quant aux fleuristes, ils pratiquent un bien beau métier qui, jusqu’à nouvel ordre, ne s’occupe guère des arbres urbains. (Malgré celle à laquelle Brassens n’achetait que des lilas.) Je me joins au concert de louanges à Serge Muller : qu’il ne change rien, surtout, et oublie ces ronchonnements confus et grinçants. Plantez des catalpas, une des rares floraisons arborées estivales. Et des paulownias aussi, histoire de pouvoir ramasser sur nos trottoirs, l’hiver, des maracas gratuites et de rêver en bleu quand ces très-poussants mêlent la générosité de leurs clochettes à celle des grappes de glycines.

    2. Après ces articles et vidéos, c’est très surprenant d’entendre le mot  » merde » à propos de ces arbres ! C’est le côté toujours utilitaire, au service de l’humain, qui apparaît alors ! C’est la même chose pour les  » mauvaises herbes »…J’étais choquée, mais à relire, j’ai plus compris qu’il s’agissait apparemment d’une « guéguerre » entre botanistes des villes et des champs ?
      Bon, existe-t-il des arbres parfaits pour le parvis des gares ? Il est vrai, sans doute, que décider de mettre le même arbre systématiquement, procède d’un manque d’imagination, de biodiversité, mais ça, c’est pas vraiment nouveau !

    3. Je trouve ce commentaire de Dominique Thisse bien négatif vis-à-vis de ces beaux arbres, y compris les Paulownias (Merci à Marc Rumelhart et Françoise Richard de les avoir soutenus !). Peut-être le choix des Paulownia est-il aussi lié à leur nom, puisque cet arbre a été dédié à une princesse des Pays-Bas, fille du tsar Paul Ier ? Et leur floraison printanière est vraiment spectaculaire. Il est évident que si on veut des arbres, il faut leur accorder un espace de vie suffisant, aussi bien au niveau aérien que souterrain. Des arbres ou du tout bitume, il faut choisir ! Visiblement, de plus en plus de citadins plébiscitent les arbres. cf aussi un article précédent :
      https://theconversation.com/confinement-en-ville-pourquoi-lacces-a-la-nature-est-tout-simplement-vital-137500

  2. Je regrette pour ma part que le commentaire se limite à une portion étroite de la botanique. Pourquoi ne rien dire de l’odeur de la beauté des fleurs qu’il faut regarder de près sur ces géants, de l’odeur faible mais réelle, de la place qu’il tenait pas seulement nutritive. Ne pas se contenter de la science dure…

    1. Vous avez raison, mais le nombre de signes pour ces articles est limité, c’est pourquoi il y a de nombreux liens permettant de compléter les informations

  3. Je trouve ces commentaires bien aigris !
    Ce qui est intéressant dans ces petits articles très bien écrits, c’est le côté anecdotique de chacun de ces arbres.
    Il me semblerait inopportun de refaire un traité de botanique pour chacune de ces espèces.

    1. Tout à fait d’accord avec Bebop76.
      Ces articles sont très intéressants et je les considère comme une forme « d’initiation rapide ».
      Il est toujours possible de faire des recherches par soi-même si on veut approfondir sur une espèce particulière.

      Merci à l’auteur et au prochain arbre.

    2. Merci pour votre soutien. L’objectif est effectivement de susciter l’intérêt des lecteurs sur des aspects parfois méconnus de ces espèces, cf le micocoulier de Provence pour les fourches et cravaches…

    3. Merci pour votre appréciation. L’objectif de ces petits articles est effectivement d’intéresser les citadins à ces espèces relativement méconnues et qui mériteraient d’être davantage valorisées

  4. Merci pour cet article et les liens de video. c’est rapide et ludique.

    idem que bebop je pense que ce n’est pas la vocation de ces articles de faire un contenu exhaustif mais plutôt de susciter les curiosités des uns et des autres..à chacun d’aller explorer ce qui lui manque

    Photographe éprise des arbres je pense que je vais faire une visite à Versailles…

  5. Je possède un C. Bignonioides que j’ai planté il y a environ 30 ans pour faire de l’ombre sur mon parking .aujourd’hui il a une circonférence de 1,6 m à 1m de hauteur. 12 m de haut et autant d’envergure
    L ‘objectif est atteint mais il s’est tellement plu que j’ai été amené à le faire élaguer pour 2 raisons le bois est cassant et 2 branches ont cassé lors d’une tempête et ont amorcé une rotation horizontale de 45° heureusement sans tomber et l’autre par la proximité de ligne haute tension et fils de téléphone .
    Taille douce évidemment sauf les branches vrillées.
    Il fait aujourd’hui 10 m de haut et autant en envergure .
    Peut être faut il chercher dans cette problématique sont emploi limité en ville.
    Sinon je suis d’accord avec le fait de planter des arbres en ville mais en respectant l’espace aérien et surtout l’espace souterrain en ville nous avons un bel exemple avec des pins parasols qui soulèvent le bitume de trottoir et même de la route.

    1. Merci pour ce commentaire. C’est vrai que le choix d’une espèce d’arbre doit être réalisé en fonction de l’espace disponible, des contraintes (y compris souterraines) et des « services écologiques » que l’on recherche particulièrement et que les différentes espèces n’ont pas les mêmes qualités par rapport aux critères définis.

    1. Désolé, je n’ai pas la réponse à cette question. Il faudrait rechercher sur des sites spécialisés sur les Cherokees.

    2. Désolé, je n’ai pas la réponse à cette question. Il faudrait rechercher sur un site Internet spécialisé sur les Cherokees.

  6. Bonjour à tous,
    N’étant pas savante, je me satisfais de tout sur Tela Botanica. Merci à tous les spécialistes qui prennent le temps de nous informer et nous distraire.
    Il me semble que Grincheux aurait pu faire un effort et présenter ses remarques sans aigreur. En remerciant d’avance les personnes qui prennent la peine de nous répondre!
    Allez, Grincheux, prenez donc un petit bol d’air et levez le nez; cela vous fera du bien!
    Sans rancune
    IP

  7. Is there any information on how these Catalpa trees made their way to Paris? Most being older than 150 years. Was there a « Johnny Appleseed » sending Catalpa beans around the world? I am seeing these trees in the Garden of Luxembourg, The Rochester Catalpa, Kent, England, and Giardino Garibaldi, Palermo, Sicily. All over 150 years old.

  8. Merci pour ces informations ! Il est tellement important d’informer sur la botanique, une science extraordinaire. Contrairement à grincheux, en lisant cet article (savoir que le nom a gardé son origine cherokee est déjà passionnant !) et bien je m’intéresserai désormais de plus près au catalpa qui pousse dans ma résidence et qui daterait de 1980 voire avant…

    Je dis vive la science et vive les scientifique, notamment du Muséum, la biodiversité nous apporte tant !

  9. Merci à tous, merci Dominique Thisse (dit « Grincheux »), Francis Zanré, et Beni31 qui développe le même questionnement sous une forme plus positive.
    Concernant l’article, très intéressant, l’exhaustivité n’est pas revendiquée, et il nous appartient de continuer à nous interroger.
    Personnellement, je suis très sensible à la protection et à la mise en valeur des espèces indigènes menacées, du coup je suis parfois déçu des choix de certains paysagistes qui nous vendent de l’exotisme au détriment d’espèces locales qui restent méconnues et qui sont parfois menacées, et donc mériteraient un coup de pouce !

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