Comment les plantes invasives menacent la biodiversité locale en France ?

Les espèces végétales invasives sont aujourd’hui reconnues comme l’une des principales menaces pour la biodiversité locale. En France, leur prolifération a des conséquences écologiques, économiques et sanitaires majeures. Ces plantes exotiques, introduites volontairement ou accidentellement, s’adaptent à leur nouvel environnement au point d’évincer les espèces locales. Voici les principaux mécanismes par lesquels elles impactent la biodiversité.

1. Une concurrence directe avec les espèces indigènes

Les plantes invasives se développent souvent plus rapidement que les espèces locales grâce à des caractéristiques biologiques avantageuses : croissance rapide, reproduction abondante, adaptation à des sols et climats variés. Elles monopolisent ainsi l’espace, la lumière, l’eau et les nutriments, reléguant les espèces indigènes à des conditions défavorables, voire les éliminant totalement.

Exemple : La Renouée du Japon (Reynoutria japonica) forme des massifs denses qui empêchent la croissance des autres végétaux en privant le sol de lumière et en libérant des substances inhibant la germination d’autres plantes.

Reynoutria japonica Houtt. par Jean-Jacques Houdré
Reynoutria japonicaHoutt. par Jean-Jacques Houdré CC BY-SA 2.0 Tela Botanica

2. Une modification des écosystèmes

Certaines espèces invasives modifient en profondeur le fonctionnement des milieux naturels. Elles peuvent :

  • Altérer la structure du sol en modifiant sa composition chimique.
  • Perturber les cycles hydriques en consommant plus d’eau que les espèces locales.
  • Influencer la disponibilité des nutriments, favorisant leur propre développement au détriment des autres plantes.

Exemple : L’Ailanthe (Ailanthus altissima) libère des substances allélopathiques (toxiques pour d’autres plantes), réduisant la diversité végétale locale et favorisant la déforestation des zones envahies.

Ailanthus altissima (Mill.) Swingle par John De Vos
Ailanthus altissima (Mill.) Swingle par John De Vos CC BY-SA 2.0 Tela Botanica

3. Une menace pour la faune locale

Les espèces végétales invasives perturbent les relations entre les plantes indigènes et la faune qui en dépend. En modifiant la flore d’un écosystème, elles réduisent les ressources alimentaires et les habitats disponibles pour les insectes, oiseaux et autres animaux.

Exemple : La Jussie (Ludwigia spp.) colonise rapidement les milieux aquatiques et remplace les plantes locales qui servent d’habitat et de nourriture aux poissons et amphibiens, contribuant ainsi à l’appauvrissement des écosystèmes aquatiques.

Ludwigia grandiflora (Michx.) Greuter & Burdet par Hugues Tinguy
Ludwigia grandiflora (Michx.) Greuter & Burdet par Hugues Tinguy CC BY-SA 2.0 Tela Botanica

4. Une propagation facilitée par l’activité humaine

Les plantes invasives se dispersent souvent via l’homme, par le biais du commerce horticole, des transports ou de l’urbanisation. Certaines espèces ornementales introduites dans les jardins ont fini par coloniser des milieux naturels. Le réchauffement climatique accentue également leur expansion en créant des conditions favorables à leur prolifération.

Exemple : L’Herbe de la Pampa (Cortaderia selloana), d’abord plantée pour l’ornementation, s’est propagée dans de nombreuses zones côtières et prairies, où elle empêche la régénération des espèces locales.

Cortaderia selloana (Schult. & Schult.f.) Asch. & Graebn. par Florent Beck CC BY-SA 2.0 Tela Botanica
Cortaderia selloana (Schult. & Schult.f.) Asch. & Graebn. par Florent Beck CC BY-SA 2.0 Tela Botanica

5. Des conséquences économiques et environnementales lourdes

La lutte contre les plantes invasives représente un coût important pour les collectivités et les gestionnaires d’espaces naturels. Elles causent aussi des dommages aux infrastructures en s’attaquant aux berges, aux digues et aux cultures agricoles.

Exemple : L’Ambroisie (Ambrosia artemisiifolia), en plus d’être un problème environnemental, a des effets allergènes puissants qui entraînent des dépenses de santé publique considérables chaque année.

Ambrosia artemisiifolia L. par Hugues Tinguy CC BY-SA 2.0 Tela Botanica
Ambrosia artemisiifolia L. par Hugues Tinguy CC BY-SA 2.0 Tela Botanica

En résumé

Les plantes invasives constituent une menace réelle pour la biodiversité locale en France. En modifiant les écosystèmes, en concurrençant les espèces indigènes et en impactant la faune, elles bouleversent les équilibres naturels. Une prise de conscience et une gestion adaptée sont essentielles pour limiter leur propagation. La surveillance, l’arrachage et la sensibilisation du public sont des leviers majeurs pour protéger la biodiversité face à cette menace grandissante.

7 commentaires

  1. L’espèce la plus invasive, c’est Homo sapiens : elle est responsable de bien plus de destructions de milieux naturels que toutes les autres invasives réunies. C’est à cause d’elle qu’il n’y a plus de Pringlea antiscorbutica à Kerguélen (il fallait des lapins pour nourrir les éventuels naufragés) ou que les petits passereaux sont tous en déclin (il faut que les maisons soient bien propres et que les arbres morts soient arrachés). C’est à cause d’Homo sapiens que des hectares de prairies humides ont été asséchés en Limousin (il faut augmenter la superficie des pâturages pour produire toujours plus de vaches), sans compter les arrachages de haies responsables de catastrophes (il fallait faire passer de gros tracteurs) ni les tonnes de pesticides déversés dans la nature.
    Alors, bien que j’éprouve très peu d’amitié pour certains végétaux importés, je crois que la solution ce n’est pas leur arrachage (quand bien même on arriverait à les calmer, il en viendrait d’autres, tout aussi agressifs) mais l’arrêt complet de notre folie économique !

  2. Notre camarade Cécile a t’elle voulu incarner son propos sur les espèces invasives ? C’est un peu du N’importe Quoi: « L’espèce la plus invasive, c’est Homo sapiens : elle est responsable de bien plus de destructions de milieux naturels que toutes les autres invasives réunies ». L’histoire de la terre nous prouve pourtant que c’est faux.
    Homo Sapiens aurait-il du rester en Afrique ? Et que se serait-il passé, alors, ailleurs ? Un monde parfait ?
    Quant aux destructions, les Humains en ont fait, mais ils ont fait aussi pas mal de réparations de destructions totalement naturelles. La nature, en soi, n’est pas pacifique (ni destructrice, d’ailleurs): entre la boule feu et la boule neige, quelle est la bonne (ou mauvaise) nature ? Jugement moral.
    Bref: ce sont des humains qui entretiennent la Zone Humide où je vis, et ce sont des humains qui protègent mon massif forestier des incendies qui peuvent le ravager.
    Les espèces invasives, végétales ou animales, sont une réalité qui met en danger la diversité: c’est un fait écologique. D’ailleurs, l’espèce la plus invasive, tous domaines confondus, c’est l’espèce Intello (une sorte d’Humains, certes) armée de son militantisme idéologique qui dégaine sans nuance ses sanctions, ses punitions ou ses camps de rééducation, pour que la Perfection Spirituelle (Les Idéaux) soit accomplie.

  3. Les espèces invasives peuvent bouleverser un habitat ou une faune locale certes, mais cela ne pose réellement de problème que dans un système fermé comme une île par exemple.
    Sur un continent, après une phase invasive au développement rapide, qui peut être perçue comme dommageable pour la bio diversité, un équilibre se rétablit à terme car la nature n’apprécie pas la monospécificité. En ce qui concerne l’Ailante, citée dans l’article, elle persiste en Cévennes en bordure de route après que sa production pour les besoins de la sériciculture (soie grège) aie été abandonnée. C’est par ailleurs un excellent moyen de fixer les talus routiers !
    La renouée du Japon colonise il est vrai les bords de rivière mais plutôt que d’entreprendre des campagnes d’éradication très onéreuses et d’ailleurs destructrices de bio diversité, il conviendrait de laisser du temps au temps. Le business ne doit d’ailleurs pas être tout à fait étranger à ces campagnes… De plus la renouée est consommable par les chèvres pour fabriquer ce délicieux fromage Pélardon !
    Il est cité aussi l’Ambroisie, certes allergisante mais combien de nos espèces « bien de chez nous » le sont ? Vous êtes vous déjà frotté au panais brûlant (Pastinaca urens) ?
    En conclusion je serais réservé face aux volontés d’éradication (certains voudraient éradiquer les loups) qui ne sont guère justifiées et je ne peux m’empêcher de les comparer aux OQTF destinées à renvoyer chez eux les migrants.
    Je plaisante mais l’éradication n’est jamais réalisable et est donc totalement inutile. Sauf aux entreprises spécialisées bien entendu !
    PM

  4. La biodiversité, qui s’en préoccupe ? Quelques millers/millions de personnes qui n’ont aucun pouvoir de décision. En ce moment, nos chefs de gouvernements ne pensent qu’à se réarmer. Oubliés le changement climatique, la biodiversité, le bilan carbone, les énergies renouvelables. On ne lutte pas contre les plantes invasives, mais contre les invasions humaines.

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