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Fiche pratique : réaliser son herbier

Mis en ligne mardi 1er novembre 2011 par Accueil Tela Botanica - Fiches pratiques

Vous avez l’habitude d’herboriser lors de vos sorties de terrain et vous désirez conserver les échantillons prélevés de manière optimum ? Sachez que la mise en herbier répond à certains critères. Afin de rendre celui-ci exploitable et le préserver durablement voici quelques conseils sur les pratiques à effectuer.

Conseils préalables
Avant toute chose, une règle de base : Ne pas arracher des plantes pour les jeter ultérieurement, les laisser sécher dans un sac en plastique ou les laisser moisir. Il faut donc mettre en presse tout de suite, et uniquement la quantité de plantes dont on peut s’occuper pendant le séchage.
>> Un certain nombre d’espèces sont protégées. Il est interdit de les prélever.

Première étape : la récolte et la mise en herbier

(JPEG)

Matériel :
-  chemises de papier journal de format A3 ;
-  presse (2 planches de bois ou grilles métalliques et sangles) un peu plus grande que du A3 ;
-  couteau et sécateur ;
-  carnet de récoltes ;
-  crayon ;
-  flore.

Technique :
Le choix des échantillons implique de choisir une plante d’apparence typique au sein de la population. Ne pas cueillir d’individus isolés car vous pouvez détruire une station de plante rare.

Les plantes ne doivent pas être récoltées un jour de pluie ou s’il y a beaucoup de rosée car les échantillons risquent de pourrir au séchage. Il faut récolter la plante entière, incluant le système racinaire, des feuilles basales et caulinaires, et les parties reproductrices (fleurs et/ou fruits, cônes ou sporanges). Vous pouvez vous aider du couteau pour ne pas arracher les racines. Éliminez la terre des racines à la main en restant délicat pour ne pas casser l’échantillon.

Glissez ensuite l’échantillon dans une chemise de papier journal au format du futur herbier. Cette étape est assez délicate car il faut faire en sorte que la plante soit bien étalée pour qu’elle sèche facilement mais aussi pour éviter que les feuilles ou les fleurs s’abîment. Intercaler plusieurs chemises de papier journal vide entre chaque chemise contenant une plante afin de mieux protéger les échantillons et d’absorber leur humidité. Le paquet ainsi constitué est maintenu serré entre les deux planches grâce à deux sangles. Il faut serrer pour presser mais sans trop écraser les plantes afin de permettre la détermination a posteriori si on ne peut pas la faire sur place à l’aide de la flore. Le pressage permet d’aplatir la plante afin d’en faciliter l’entreposage à long terme sans qu’elle se brise.

Chaque échantillon prélevé se verra immédiatement attribué un numéro (nommé numéro de récolte) qui sera noté sur le journal ou sur un papier fendu dans lequel vous aurez glissé la plante. Ce numéro unique suivra la part d’herbier et permettra de la repérer même si la plante n’a pas été déterminée immédiatement. Ce numéro correspondra aux notes prises dans le carnet de récoltes en même temps que le prélèvement. Ces notes permettent à l’herbier de prendre toute sa valeur.

Les notes comprendront les informations suivantes :
-  le nom du ou des collecteurs ;
-  la date de récolte ;
-  les informations permettant de localiser la plante : pays, département, commune, lieu-dit, éventuellement pour les personnes équipées coordonnées GPS ;
-  autant d’indications écologiques possibles : au moins l’altitude, le substrat, le grand type de végétation ;
-  des notes concernant des caractères invisibles sur l’échantillon sec (couleurs, odeur, taille moyenne des individus dans cette population... ).

Les plantes devraient être pressées aussitôt que possible après la récolte. Si le pressage ne se fait pas sur le terrain, gardez les plantes dans des sacs en plastique bien fermés, à l’ombre et au frais.

Remarques
Pour les échantillons volumineux ou trop grands :
Vous pouvez les couper en deux ou sécher à part certaines parties trop volumineuses (fruits, cônes, bulbes).
Assurez vous qu’elles soient bien étiquetées avec le même numéro de récolte.

Si la plante est très grande et qu’il est impossible de la mettre en l’état dans l’herbier, vous pouvez préciser la taille de la plante, et quel est le morceau prélevé, ou indiquez si c’est une feuille basale ou caulinaire.
Les feuilles basales n’ont pas toujours la même forme que les feuilles se trouvant sur la tige. De même, les feuilles proches de l’inflorescence peuvent avoir une forme différente de celles qui en sont éloignées, ce qui est évidemment une caractéristique de l’espèce en question.

Deuxième étape : le séchage

(JPEG)

Matériel :
-  chemises de papier journal sèches

Technique :
Le séchage conditionne la qualité de présentation des planches d’herbier et leur durée de vie. Au retour de l’herborisation, vous pouvez reprendre l’herbier afin de vérifier que les plantes ont été bien étalées - ce qui n’est pas toujours aisé sur le terrain.
Tant que l’échantillon n’est pas totalement sec, il est aussi possible de rectifier sa mise en forme pour faciliter l’observation ultérieure de certains détails (dos de feuilles, stipules...).

L’herbier se garde donc sous presse dans un endroit sec pendant plusieurs jours. Il faut veiller à changer fréquemment le papier contenant les plantes ainsi que les chemises vides intercalées jusqu’à ce que les échantillons soient secs.
Si les échantillons sont riches en eau et que ce travail n’est pas fait tous les jours dans un premier temps puis tous les deux ou trois jours par la suite, ils risqueraient de pourrir ou de moisir.
Pour permettre un séchage plus rapide, on peut intercaler du carton ondulé afin de permettre à l’air de circuler entre les feuilles.

>> Il faut faire attention à ce que le numéro de récolte suive l’échantillon lors du changement de feuille de séchage.

Troisième étape : le montage

(JPEG)
Matériel :
-  feuilles simples de carton léger ou de papier épais mais rigide (environ 160 g/m²) de format A3 ;
-  chemises de carton léger ou de papier épais mais rigide (environ 160 g/m²) de format A3 plié ;
-  étiquettes pré-imprimées ou réalisées à l’ordinateur ;
-  papier gommé ;
-  pince fine (de type pince à épiler) ;
-  éponge humide ;
-  colle blanche.

Technique :
Les plantes sont fixées, avec soin, sur les feuilles simples à l’aide de bandelettes de papier gommé. N’utilisez jamais de ruban autocollant de type « Scotch » pour fixer les échantillons car celui-ci vieillit rapidement et très mal. Le papier gommé est découpé à la dimension voulue (de petits morceaux sont préconisés afin de rester discret). L’échantillon peut ainsi être déplacé et replacé sans risque de détérioration.
Humidifiez le papier gommé avec l’éponge humide. Pour faciliter la manipulation, si les bandelettes sont fines, vous pouvez utiliser une petite pince.
Les étiquettes sont collées en bas à droite à l’aide d’un point de colle discret - vous pouvez également alterner la place des étiquettes sur les planches afin de mieux répartir les échantillons dans votre liasse.
>> Faites un test avant car certaines colles peuvent traverser le papier et effacer l’encre !
Vous pouvez aussi utiliser des bandelettes de papier gommé pour les fixer.

Les étiquettes comportent les informations suivantes :
-  le nom de la famille de la plante ;
-  après identification de la plante, le nom scientifique et son nom d’auteur ;
-  les informations permettant de localiser la plante : pays, département, commune, lieu-dit, éventuellement pour les personnes équipées coordonnées GPS ;
-  l’écologie du lieu de récolte : au moins l’altitude, le substrat, le grand type de végétation ;
-  une description morphologique de l’espèce (herbacée, arbuste, arbre) avec indication de la taille de la plante vivante et de la couleur des fleurs : toutes les informations concernant des caractères invisibles sur l’échantillon sec (couleurs, odeur, taille moyenne des individus dans cette population... ) qui ont été prises sur le terrain (il ne faut pas les recopier dans un livre) ;
-  le nom du ou des collecteurs ;
-  son numéro de récolte et la date de récolte ;
-  le nom du déterminateur.
Si vous connaissez un (ou plusieurs) nom(s) vernaculaire(s) pour une plante, notez les. Les usages s’il y a lieu (plante médicinale, tinctoriale, alimentaire, etc.) peuvent également être rapportés. Les éléments supplémentaires de l’étiquette doivent dépendre du but recherché pour la réalisation de cet herbier.
S’il y a trop d’informations à remplir ou si l’étiquette prend trop de place, il faut la revoir.

>> Réaliser vos étiquettes directement à partir du Carnet en Ligne vous permet de faire l’inventaire informatique en même temps (voir la fiche pratique : Créer ses étiquettes d’herbier avec le Carnet en ligne).

Les planches réalisées peuvent être mises dans des chemises afin de les protéger. Les paquets ainsi constitués peuvent être stockés soit sous forme de liasses c’est à dire entre deux planches maintenues par une sangle soit dans des cartons d’herbiers.
Ces paquets seront ensuite entreposés dans un endroit sec et à l’abri de la lumière.
>> Les insectes sont très friands des herbiers, il est donc nécessaire de traiter régulièrement votre herbier contre les envahisseurs possibles !

Remarque : (JPEG)
Cette méthode de réalisation d’herbier n’est pas dogmatique. Il existe plusieurs techniques pour créer son herbier, certaines divergeant de celle-ci notamment sur les pratiques de fixation. L’important est d’avoir de beaux échantillons bien informés que l’on peut déterminer et redéterminer et qui pourront être déposés à terme si on le souhaite dans un herbier institutionnel.
Ces conseils sont tirés d’une pratique personnelle ainsi que des références suivantes :
-  la synthèse "Pourquoi faire un herbier ? Conseils pratiques pour sa réalisation" de Elisabeth Dodinet sur Tela Botanica
-  le site Internet de l’Herbier Universitaire de Strasbourg
-  Une fiche pratique du Conservatoire Botanique National de Mascarin
-  le site internet de l’Herbier Victorin-Marie de Montréal

Autres liens utiles :
-  L’herbier, un outil pour le botaniste - La garance voyageuse
-  Créer un herbier - La tête à modeler

Andrine Faure
Tela Botanica


Photos d’illustration © Lieven Volckaert, SXC.hu

©© Cet article est publié sous licence : Creative Commons
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Vos commentaires sur cet article

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  • Le 28 décembre 2015 par Na

    Les feuilles des conifères tombent pendant le séchage. Que faire pour mettre ces espèces dans l’herbier ?

    Le vérâtre a noirci pendant le séchage. Puis-je le mettre dans l ’herbier ?

  • Le 19 octobre 2013 par JDS
    je pense qu’il est possible de réaliser un herbier numérique ? Il suffit de photographier la fleur, la plante de différentes façons afin d’obtenir des vues de grossissement différents. Avantages : pas de destruction de fleurs, plantes ! donne la possibilité à un grand nombre de personnes de réaliser un herbier ? PS : je découvre le site pour la première fois, si ce principe est mis en pratique Où puis je trouver des infos Merci JD
  • Le 20 mai 2010 par Daniel Chicouène

    1) Pour le nom de taxon, il est important d’indiquer la ou les références utilisées pour déterminer et classer le taxon. Quand on ne parvient à déterminer, indiquer la raison pour s’en rappeler ultérieurement.

    2) Pour le séchage, l’air libre (sans presse) permet de conserver certaines architectures importantes (ex. répartition des branches sur l’axe d’inflorescence). La conservation en pochette plastique A4 est pratique pour observer l’échantillon sous toutes ses faces. Une étiquette de ruban adhésif fixée autour d’une tige ne se perd pas.


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