Reportage sur la dissémination d’un colza OGM et ses conséquences aux Etats-Unis

Ce reportage a été réalisé par France 2 pour l’émission Envoyé Spécial.
Il est visionnable en cliquant ici.

Il a été mis en ligne par pourunmondedurable.blogspot.com .

Pour rappel, voici certains articles déjà publiés autour de la problématique OGM mais sur d’autres aspects, et suivis de débats:
OGM : le Gouvernement organise la contamination… – Mis en ligne dimanche 25 mars 2007
Cultures de maïs OGM en 2007 : Sans loi démocratiquement votée, la seule solution est le moratoire (FNAB) – Mis en ligne vendredi 16 février 2007
Soja OGM et capitalisme agraire en Argentine : un cocktail explosif… – Mis en ligne lundi 12 février 2007
Les OGM sont ils dangereux pour la santé ? L’étude qui accuse… – Mis en ligne samedi 3 février 2007
OGM : décision cruciale pour l’avenir de l’agriculture européenne – Mis en ligne samedi 9 décembre 2006
Arbres OGM au Canada – Greenpeace s’oppose aux arbres génétiquement modifiés – Mis en ligne lundi 20 novembre 2006

2 commentaires

  1. Article transmis sur la liste Tela Sylva

    LE MONDE | 20.04.07 | 15h16 • Mis à jour le 20.04.07 | 15h16
    DURHAM (ETATS-UNIS) ENVOYÉ SPÉCIAL

    En avril, un fin manteau de poussière jaune recouvre la Caroline du Nord
    : voitures, maisons et chaussures revêtent un habit de printemps tissé
    par le pollen qu’émet avec prodigalité la grande forêt de pins qui
    occupe le sud-est des Etats-Unis. Ce phénomène saisonnier est un sujet
    d’interrogation scientifique : quelles sont les caractéristiques de ce
    pollen et, surtout, jusqu’où va-t-il fertiliser d’autres arbres ?

    La question n’est pas innocente : elle se pose alors que les pressions
    se font de plus en plus fortes pour lancer à grande échelle la
    plantation d’arbres génétiquement modifiés. « Il faut absolument savoir
    jusqu’où le pollen peut voyager et faire sentir ses effets, afin
    d’évaluer le risque de contamination des forêts naturelles par les gènes
    modifiés de ces éventuelles cultures », assure Claire Williams,
    professeur à l’université Duke, à Durham.

    Un des moyens de le savoir est d’escalader une tour métallique d’environ
    25 mètres de haut, dans une forêt de pins (Pinus taeda) aménagée en
    laboratoire par les biologistes de l’université Duke. Sur la
    plate-forme, située un peu au-dessus de la cime des arbres, une
    biologiste dispose une boite cylindrique munie d’une petite pompe pour
    absorber l’air ambiant et filtrer le pollen. Les heures de prélèvement
    sont soigneusement enregistrées. Diverses analyses suivront pour tester
    la viabilité du pollen et sa fécondité.

    Ces opérations sont répétées des dizaines de fois pendant les quelques
    semaines que dure la période d’émission du pollen, et complétées par des
    observations en mer ou dans d’autres observatoires à travers le pays. Le
    but : savoir jusqu’où le pollen du pin peut aller féconder ses
    congénères du continent nord-américain. « Les entreprises forestières
    savent depuis longtemps que les pins taeda peuvent polliniser sur de
    longues distances, dit Claire Williams, qui coordonne le projet, mais
    l’étude n’en avait jamais été faite de manière systématique. »

    Dans la serre de son laboratoire de l’université de Caroline du Nord, à
    Raleigh, Vincent Chiang, sans doute le meilleur spécialiste mondial des
    OGM sylvicoles, se soucie peu de cette question : « Nous maîtrisons bien
    la biotechnologie permettant de contrôler la production de lignine dans
    les arbres, dit-il. On peut l’utiliser pour produire plus de papier et
    surtout de l’éthanol, l’agrocarburant pour les automobiles. » Il a mis au
    point une technique, présentée dans la revue Nature Biotechnology, en
    août 1999, consistant à modifier le gène contrôlant la production de
    lignine d’un arbre puis à le réinsérer dans le tissu germinatif de
    l’arbre. Les cellules sont alors multipliées et peuvent produire une
    plantation entière.

    EUCALYPTUS, PEUPLIERS ET PINS

    La lignine est un composant du bois qui lui assure sa solidité, mais qui
    n’a pas d’utilité pour le papier ou l’éthanol, à la différence de la
    cellulose, à laquelle elle est mêlée. Produire des arbres avec moins de
    lignine, c’est abaisser le coût d’extraction de la cellulose. « J’étudie
    maintenant les gènes contrôlant la production de la cellulose et ceux
    contrôlant la croissance de l’arbre, afin d’augmenter la rapidité de
    celle-ci », poursuit M. Chiang.

    L’industrie forestière hésite pourtant à s’engager sur les arbres
    génétiquement modifiés. Seule ArborGen, filiale de groupes papetiers
    américains et néo-zélandais, située en Caroline du Sud, s’y engage
    fermement. L’entreprise, dirigée par une ancienne de Monsanto, Barbara
    Wells, cultive la discrétion. Son site Internet est peu informatif, et
    elle n’a pas donné suite aux demandes d’interviews du Monde. Elle
    développe des eucalyptus, des peupliers et des pins transgéniques.

    « Si les arbres croissent plus efficacement, dit Susan McCord, de
    l’Institute of Forest Biotechnology, une organisation visant à
    promouvoir les OGM sylvicoles, ils utiliseront moins d’espace, ce qui
    permettra de protéger les forêts naturelles. » Une analyse contredite par
    les écologistes, qui pointent l’expansion des plantations d’arbres,
    notamment en Indonésie et au Brésil. « Les plantations en monoculture
    sont une cause majeure de la déforestation tropicale », juge Anne
    Petermann, du Global Justice Ecology Project.

    Le processus d’autorisation des arbres transgéniques est au point mort
    aux Etats-Unis. Mais ArborGen vise surtout les pays du Sud, où les
    administrations sont moins regardantes et les oppositions moins vives.
    Début avril, elle a obtenu du Brésil l’autorisation d’y tester des
    eucalyptus génétiquement modifiés. Avec la vogue des agrocarburants et
    la perspective d’utiliser les forêts pour stocker du carbone, dans le
    cadre de la Convention sur le changement climatique, les promoteurs des
    arbres OGM sont confiants.

    Même si les risques sont mal connus. « La forêt n’est pas une autre sorte
    d’agriculture, avertit Claire Williams. Un arbre vit des dizaines
    d’années. On ne peut pas faire quelque chose juste parce qu’on sait le
    faire. »

    Hervé Kempf
    « Une attitude de précaution » recommandée

    Les arbres génétiquement modifiés visent d’abord le marché du papier et
    celui des agrocarburants (ou biocarburants). Leurs promoteurs veulent
    aussi les faire reconnaître comme un moyen de stocker du gaz carbonique.
    Même si l’évaluation exacte de leurs avantages n’a pas été faite,
    l’utilisation de ces arbres comme « puits de carbone » a été envisagée,
    dès 2003, par la Convention sur les changements climatiques.

    Les Etats membres de la Convention sur la biodiversité ont cependant
    adopté, en avril 2006, une déclaration « reconnaissant les incertitudes »
    concernant les effets des arbres génétiquement modifiés : ce texte
    « recommande aux parties d’appliquer une attitude de précaution ».

    Les associations écologistes militent, de leur côté, pour un moratoire
    international sur ce nouveau type de plantations forestières.

    Article paru dans l’édition du 21.04.07

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