Flore d’Afrique du Nord : un terrain de jeu immense pour les botanistes et chercheurs

La flore d’Afrique du Nord, de l’Egypte jusqu’aux îles canaries renferme encore beaucoup de secrets. De nombreux chercheurs travaillent actuellement à inventorier sa richesse, en partant à l’aventure sur les dernières pistes des montagnes et même des déserts. Aujourd’hui, nous vous partageons le parcours de Cyrille Chatelain à travers cet article, inspiré d’un temps de discussion avec le botaniste.
Cyrille Chatelain sur le terrain
Cyrille Chatelain sur le terrain (F. Médail )

Cyrille Chatelain travaille au Conservatoire et Jardin Botaniques de la Ville de Genève (Suisse) , où il est responsable des collections africaines et du site web African Plant Database et de sa version française, la Base de données des plantes d’Afrique. “Entre dessin et botanique, c’est le hasard des chemins et des rencontres, surtout la curiosité et l’envie de partager les connaissances” qui l’ont poussé à étudier la botanique. C’est d’abord en Amazonie que sa carrière de botaniste a commencé, pour dessiner les arbres et leur architecture, une première mission qui sera suivie par de nombreuses autres en Afrique de l’Ouest et à Madagascar.

Vers une flore du Maghreb :

A la suite de plusieurs rencontres, comme avec Alain Dobignard puis avec Pierre Quézel, il est amené à étudier la flore d’Afrique du Nord, encore inconnue pour lui à l’époque puisque ses études s’intéressaient à l’Afrique Tropicale. Avec Alain Dobignard, il publie l’index synonymique des plantes d’Afrique du Nord en 2010. Il choisit ensuite de mettre en valeur ces informations en ajoutant des illustrations, des cartes de distribution et des descriptions des espèces sous forme d’une flore du maghreb online, avec le soutien de Tela botanica grâce à une réunion de concertation à Tunis (flore du Maghreb et d’Algérie depuis 2016, puis www.efloremaghreb.com dès juin 2019).

C’est donc l’envie de créer une flore numérique et participative qui le poussa à travailler sur cette région, son sujet de recherche depuis 4 ans maintenant. En effet, le Maghreb ne possède pas de flore complète sauf au Maroc et en tant que chercheur et conservateur, Cyrille nous explique qu’il a aussi la responsabilité de “mettre à disposition la connaissance, d’identifier des espèces et d’évaluer les milieux dans des pays où l’on ne dispose pas de flore, ou de documents incomplets et anciens”. La flore d’Algérie a été publiée en 1963 et celle de Tunisie en 1972.

La biodiversité de cette région est en effet immense, véritable et vaste terrain de jeu pour le botaniste. Elle présente des territoires très variés, allant des côtes atlantiques du Maroc jusqu’aux paysages désertiques de l’Algérie, en passant par les montagnes de l’Atlas et les côtes méditerranéennes. C’est cette diversité des territoires qui donne sa richesse à la flore.

Paysage du Maghreb
Paysage du Maghreb: - Dunes littorales - Anti Atlas au Nord de Tafraoute -Vue aérienne de cultures - Atlas Saharien

Cette région présente de nombreux enjeux humains et une diversité biologique très importante. Pourtant elle reste aujourd’hui encore peu connue, notamment en terme de botanique, une science très peu représentée sur le territoire. Cyrille souligne l’importance de “fournir aux jeunes générations les outils nécessaires et mettre à leur disposition les connaissances existantes pour qu’ils puissent agir” .

Son travail au CJB de Genève s’articule autour de la diffusion des connaissances avec l’African Plant Database, avec son travail de rédacteur, de conservateur  et ses missions de terrain. Un de ses objectifs est d’identifier les zones géographiques méconnues et prioritaires, afin de compléter et d’améliorer les connaissances et de contribuer à l’enrichissement de la botanique en Afrique du Nord.

Sciences participatives et recherche :

Impliqué dans les actions de Tela Botanica depuis longtemps, il a proposé plusieurs missions sur le site internet des Herbonautes (Les Géraniacées d’Afrique du Nord, L’appel des silènes au Maghreb, etc.). Il participe aussi aux projets Flotrop et ceux sur l’Afrique de l’Ouest.

En tant que chercheur, il encourage les projets de sciences participatives, qui mêlent citoyens et scientifiques. Grâce à leurs contributions, les herbonautes lui permettent de définir l’écologie et la cartographie des spécimens des collections africaines conservées à Genève, travail qui peut s’avérer long et compliqué. Il précise aussi que ce projet met en valeur les connaissances et les compétences des citoyens, en leur laissant un espace pour les mettre à profit et les partager.

Il met aussi en lumière l’importance des collections d’herbiers, qui sont à la base de la recherche actuelle et pourtant longtemps considérées comme anciennes et dépassées. En effet, ces collections sont des “ archives de la nature ou plutôt images exactes de la végétation des années passées”. Il rappelle le rôle des herbiers pour comprendre l’évolution du climat ou du milieu de vie des plantes.

En ce sens, l’implication et l’intérêt des citoyens dans le programme des Herbonautes permet non seulement de sensibiliser à la valeur des herbiers mais aussi de présenter les raisons de la recherche et de la rendre visible et accessible.

Les sciences participatives vous interpellent ?

Participez aux Herbonautes en suivant le lien suivant: http://lesherbonautes.mnhn.fr/ et découvrez la mission “Herbier du Maroc de Joël Mathez” qui aidera l’Herbier National de Rabat (RAB) à documenter ses collections d’herbiers.

 

Le programme de sciences participatives : Les Herbonautes

Vous pouvez aussi retrouver les autres programmes de sciences participatives français sur  Tela Botanica et sur le portail OPEN.

Bibliographie de l’auteur :

Chatelain C. (2017). Flore du Maghreb, entre Cloud et collections historiques. La Feuille verte 47 : 52-55. https://www.ville-ge.ch/cjb/flore/pdf/fv4752-55.pdf

Chatelain C., B. Medjahdi & S. Benhouhou. (2018). eFlore du Maghreb, une flore électronique basée sur la Nouvelle flore d’Algérie de P. Quézel et S. Santa. Ecol. Medit. 44(2) : 131-136.

2 commentaires

  1. Puisque nous sommes sur un site francophone, il convient de signaler que le CJB de Genève a fait l’effort de mettre en ligne une version française, appelée Base de données des plantes d’Afrique, de l’African Plant Database. Autant utiliser son nom français.

    1. Merci pour cette remarque, j’ai rajouté le nom français, les deux versions étant disponibles sur le site du CBJ de Genève.

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