Histoire de la botanique : Adanson et l’île de Gorée

Comme d'autres avant moi, je suis tombé sur Adanson un peu par hasard, tant ce botaniste a été ignoré par les botanistes eux-mêmes.
Adanson 1763 baobab planche 1
Adanson, Michel, 1763. Description d'un arbre d'un nouveau genre, appelé Baobab

J’ai vu un jour au Salone del Gusto de Turin un fruit du Sénégal, appelé mad. Evidemment une recherche de « mad fruit » dans Google m’a donné de nombreux résultats parasites, mais j’ai fini par découvrir ses Mémoires sur l’île de Gorée, manuscrit édité à l’IFAN par Charles Becker et Victor Martin. Le mad (Saba senegalensis) y était mentionné. C’est un nom wolof, écrit aujourd’hui màdd. Mais le lien que j’avais fait vers l’article s’est trouvé brisé, et il m’a fallu recommencer une recherche laborieuse pour le retrouver dans les tréfonds d’Internet. J’ai finalement décidé de reproduire ce texte sur Pl@ntUse.

Ces Mémoires sur l’île de Gorée décrivent les ressources végétales et animales du Sénégal, ou du moins de la partie accessible aux Français, qui se disputaient alors le contrôle du Sénégal avec les Anglais.

Tout le monde sait bien sûr que Bernard de Jussieu, suivi par Linné, ont donné le nom d’Adansonia au baobab. La raison en est qu’Adanson a publié en deux mémoires une description excellente du baobab et de ses usages. Il a fait de même pour les Acacia qui produisent de la gomme arabique. Mais Adanson était un peu navré que Linné ait voulu l’honorer en lui dédiant le nom du baobab, alors que lui-même plaidait pour l’usage de noms populaires pour dénommer les plantes, et qu’il l’appelait Baobab, nom repris de Prosper Alpin.

Adanson était proche de Bernard de Jussieu, et a établi dans sa Familles des plantes (1763-1764) la première classification des plantes en familles, au sens actuel du terme. Malheureusement, comme il écrivait en français dans une orthographe réformée, et qu’il s’affichait contre les idées de Linné, son ouvrage a été supplanté par le Genera plantarum (1789) d’Antoine Laurent de Jussieu (le neveu de Bernard). La notoriété de Jussieu a fait que ses familles ont largement été adoptées. Le coup de grâce a été donné par A. A. Bullock (1958), qui avait été chargé de faire des recommandations pour le Congrès de botanique qui devait statuer sur les noms de familles. Bullock a rejeté les noms de familles d’Adanson, et proposé que le Genera plantarum de Jussieu soit le point de départ des noms de famille, ce qui a été entériné dans le Code de nomenclature.

Quand à ses noms de genre, les botanistes de l’époque ne l’ont guère suivi, car ils étaient issus de noms populaires, comme ceux de l’Hortus Malabaricus. Le résultat est que, par la procédure des nomina conservanda, vingt noms d’Adanson sont rejetés en faveurs de synonymes plus récents, mais davantage utilisés. Il en subsiste certains, comme Entada, Manilkara, Mucuna ou Silybum.

Il est vrai qu’Adanson avait une personnalité très particulière, voir mégalomaniaque. Il voulait réformer en profondeur la langue française, mais aussi la botanique. A son retour en France, il s’est lancé dans une œuvre colossale, un Ordre universel de la nature en 27 volumes et 40000 planches. Malgré un travail acharné, il est mort avant d’en venir à bout.

Il reste aussi de lui une Histoire naturelle du Sénégal (1757), où il traite des coquillages, mais qui contient de nombreuses données ethnobotaniques. On ne peut que rêver à la Flore du Sénégal qu’il aurait pu écrire.

Sa reconnaissance ne viendra qu’après 1960, quand ses archives ont été retrouvées à l’Arboretum de Balaine (créé par sa fille Aglaë) et rachetées par le Hunt Institute, qui a organisé un colloque en son honneur et mis en ligne toute sa bibliothèque. Le Museum national d’histoire naturelle a décidé en 1997 de nommer Adansonia sa revue de botanique.

Vous trouverez plus de sources sur la page Adanson de Pl@ntUse.

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3 commentaires

  1. Pour compléter, l’intérêt principal que je trouve à « famille des plantes » est la rigueur de la morphologie comparée avec sa mise en page sous la forme de tableaux à double entrée. Pour revenir à l’ouvrage sur « Gorée » mis en ligne, le problème est pour l’impression ; un autre format (ex. pdf) permettrait de choisir plus facilement les pages que l’on sélectionne.

  2. Le Museum national d’histoire naturelle a décidé en 1997 de nommer Adansonia sa revue de botanique.

    Correction:

    H. Baillon édite en 1860, sous le nom d’Adansonia, un “Recueil périodique
    d’observations botaniques” dont la dernière livraison (t. 20) a vu le jour en
    1880.

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