Darwin et la botanique par la Garance Voyageuse

Extrait de la Garance Voyageuse n°87. Pour étayer sa théorie évolutionniste, Darwin est allé chercher des arguments dans le monde végétal. Par la même, il a beaucoup apporté à la botanique.

La Garance Voyageuse

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Darwin et la botanique

Charles Darwin en 1881
Charles Darwin en 1881 par Wikipédia - Domaine public

À l’occasion du bicentenaire de la naissance de Darwin, de nombreuses publications ont vu le jour, présentant le père de la théorie évolutionniste comme une scientifique théoricien, un naturaliste, un biologiste, un géologue, mais très peu d’auteurs considèrent Darwin comme un botaniste. Il est vrai que lui-même a toujours nié en être un. Et pourtant…

Les racines d’un voyage décisif

Charles Darwin a vécu entouré de botanistes ou de personnes à sensibilité botanique. Son grand-père médecin, Erasmus Darwin, est l’auteur du Jardin botanique, long poème divisé en deux chants (l’Économie de la végétation et les Amours des plantes), et de la Phytologie, ou philosophie de l’agriculture et de l’horticulture. La maison familiale, dans laquelle Charles passe son enfance, comporte de grands jardins fleuris et des vergers peuplés de pommiers hybrides, issus de croisements destinés à améliorer leurs qualités. Au cours de ses études à Cambridge, les cours qu’il apprécie particulièrement sont ceux du botaniste John Stevens Henslow. Ce dernier l’ayant chaudement recommandé comme naturaliste, c’est donc grâce à lui que Charles Darwin embarque sur le Beagle en 1831, à l’âge de 22 ans, pour un tour du monde de cinq ans. Il emporte dans ses bagages un ouvrage sur La géographie botanique écrit en 1820 par le botaniste suisse Augustin Pyramus de Candolle. Sur le même sujet, Darwin a également lu l’Essai sur la géographie des plantes du naturaliste allemand Alexander von Humboldt. Au cours de son long périple sur le Beagle, Darwin envoie à Henslow tous les détails de ses nombreuses observations, ainsi que des spécimens de plantes à fleurs (plus de 200) récoltées sur les îles des Galápagos. Cette collection constitue une documentation exceptionnelle, bien plus fournie et renseignée que celles des fameux « pinsons de Darwin » dont il mélange les provenances (la plupart des oiseaux n’a d’ailleurs pas été collectée par lui mais par ses compagnons de bord). Durant son exploration de la flore de l’archipel, Charles constate que, pour un même genre botanique, chaque île est colonisée par des espèces différentes : une observation qui lui servira plus tard pour expliquer l’apparition de nouvelles espèces sous l’effet de la divergence géographique. La flore des Galápagos n’est pas la seule à étonner le jeune explorateur : en parcourant les océans Atlantique et Pacifique, il s’interroge sur l' »affinité entre les espèces qui habitent les îles et celles qui habitent le continent le plus voisin, sans que ces espèces soient cependant identiques ». Il suppose que des graines continentales ont colonisé les îles grâce à leur transport par les courants marins. Mais pour cela, il faut qu’elles soient capables de résister à une immersion prolongée dans l’eau salée.

De « l’après Beagle » jusqu’à « L’origine »

Darwin testera le pouvoir de résistance des graines à l’action nuisible de l’eau de mer vingt an plus tard, avec le concours du révérend, mais aussi botaniste, Miles Joseph Berkeley. Ils immergent les graines de 87 espèces différentes dans l’eau de mer, puis ils vérifient leur pouvoir de germination. « Je trouvais, à ma grande surprise, que, sur quatre-vingt-sept espèces, soixante-quatre ont germé après une immersion de vingt-huit jours, et que certaines résistèrent même à une immersion de cent trente-sept jours. » écrit Darwin dans son célèbre ouvrage L’origine des espèces, dont plusieurs chapitres comportent des pages consacrées aux plantes. Mais, avant sa publication en 1859, Charles construit sa théorie en faisant part de ses réflexions à ses deux amis et botanistes, Joseph Dalton Hooker, directeur des jardins botaniques royaux de Kew (c’est lui qui établit l’endémisme des plantes récoltées aux Galápagos), et Asa Gray, professeur de l’université de Harvard. Les botanistes sont d’ailleurs les plus réceptifs à la théorie de l’évolution lors de la sortie du livre. La mise en place de la classification des plantes à partir de leurs caractéristiques morphologiques a permis aux systématiciens d’observer la grande variabilité des espèces, caractéristique qui sert justement de base au processus de l’évolution proposé par Darwin. Sa théorie permet aussi d’expliquer l’unité des structures et du développement des plantes constatée par les botanistes du XIXe siècle. La première manifestation favorable vient de son ami Hooker : quelques mois après la parution de L’origine des espèces, celui-ci publie Flora Tasmaniae dont l’introduction donne raison aux idées de Darwin.

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